Oh Boyoma | “Europe, Afrique, Oh Boyoma, Elia, Dorine…et moi”
Oh Boyoma - Ein Lied über eine vergessene Stadt im Dschungel von Kongo. Aus Erzählung einer vergessenen Stadt, basierend auf einer Idee und einem Songtext von Elia Rediger, in Zusammenarbeit mit Franck Mocka, Mariananda Schempp, Dorine Moka, Innocent Belunda, Nico Delpy. Regie: Michael Lippold, Ausstattung: Iris Kraft, Dramaturgie: Eva-Maria Bertschy.
Oh Boyoma, Theater, Musiktheater, Bern, Konzerttheater, Pop, Elia Rediger, The bianca Story
2022
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“Europe, Afrique, Oh Boyoma, Elia, Dorine…et moi”

Europe, Afrique, Oh Boyoma, Elia, Dorine…et moi


B
onjour chers lecteurs,

Je suis le personnage joué par l’un de 3 artistes Congolais de la pièce “Oh Boyoma”,
Donc je vous parle en mon propre nom et au nom de la personne qui me joue chaque soir au Heitere Fahne à Berne, pour le compte du Konzert Theater Bern,
En 2013, j’ai eu le “privilège” d’être en Europe pour la première fois, j’étais fier et content, c’était une situation professionnelle honorable, mais je me suis senti aussi triste…
Triste, à chaque fois que je quittais la zone de confort et d’acceptation installée par le festival qui m’invita ou l’hôtel 4 étoiles où j’étais hébergé,…

Triste de faire la rencontre d’une Europe qui se protégeais de moi, moi l’étranger, moi l’autre…
J’étais face à cette Europe savante et experte qui m’avait apparemment déjà étudié, étiqueté et mis ‚dans une boite‘, avant même que je ne vienne au monde.

Pourquoi ?
Parce que je suis noir ?
Ou que je pourrais être sauvage et primitif, comme décrit dans “A courbe du fleuve” ou “Au coeur de ténèbres”…plus d’un siècle plutôt ?

Dorine tu te rappelles,
On a toujours été triste de nous retrouver dans cette Europe-là,
Tout commence les ambassades, aux aéroports, dans les trains, les métros…
Il y a toujours quelques individus qui nous rappellent que l’Europe c’est eux, et nous c’est l’Afrique, les autres…

– Hum, c’est plutôt moche tout ça et en plus d’être Moi, je ne suis pas l’Afrique !
Oui, bien balancé, Dorine, nous ne sommes pas l’Afrique !
C’est vrai, je suis juste un Africain, en 2016 j’étais juste l’un de 1,216 billion d’Africains selon wikipedia,…

 

Et avant tout ca, il y a d’autres détails: Selon mon attestation de naissance je suis né Zaïrois, et aujourd’hui mon passeport affirme que je suis congolais, je suis l’enfant des parents issus de tribus Rega (Sud Kivu) et Tabwa (Katanga), je suis né et j’ai grandi à Lubumbashi, j’ai quitté le toit parental à 19 ans, je suis installé à Kisangani depuis 8 ans, je suis artiste, j’ai décidé de faire de la danse ma profession lorsqu’on m’a interdit de danser et bondir sur la scène devant ma société experte en tabous et préjugés, j’ai fait des études en Droit par défi, je ne suis pas hétéro, etc.

– Quoi, tu n’es pas hétéro ?

Hum, okay, ce n’est pas grave, donc nous sommes pas hétéros.

– Juste pour dire, je suis Moi, j’ai un nom, un passé, une histoire, une situation personnelle, et d’ailleurs assez problématique, donc ça n’a aucun intérêt et c’est trop dure pour moi de porter le poids de tout un continent sur mes petites épaules fragiles…alors que ma propre croix est déjà bien assez lourde.

– Bien dit, pêcheur de Boyoma. 🙂

Oui, nous ne sommes pas l’Afrique, ils ne sont pas l’Europe,…
Et d’ailleurs l’Europe est bien assez grande et complexe que même les épaules de l’Union Européenne ont du mal parfois, en plus…, Merkel Merkel, bla bla, patati patata, brexit, brexit etc.

 

Je ne dis pas que ce n’est pas fantastique ce que vous avez là”

En effet, je ne dis pas n’avoir pas eu la chance de rencontrer le joli revers de cette Europe-Forteresse, l’autre Europe, belle, ouverte d’esprit et accueillante, celle de libertés individuelles, démocratie et de plein d’autres valeurs louables dont je rêve pour mon pays et mon continent. Une Europe qu’on peut parfois apercevoir à travers ces gens et ces initiatives qui s’en foutent complètement de ma race, mon accent, la taille de mon penis, de mon porte-monnaie,…et qui me considère comme un être humain avant tout et non pas comme un chiffre, un objet exotique, un excédant dans la démographie de la zone Schengen, un problème de sécurité (inter)nationale, une des causes de la hausse du chômage, ou le porteur par excellence de tous les clichés sur l’Afrique…
– Bon, cette Europe est rare, mais elle existe quand même. Mais vivre dans une ville sans nom régie par une loi en chant de 387 strophes m’intéresse plus.

– Oui, “Mais ce que je n’aime pas dans ce chant ce qu’il est univoque, il y a des strophes que je préférais..Mais penser pouvoir le faire me pousse à ne pas le faire justement”.

 

Alors pou toi, qui me lis en ce moment, pour quelle Europe te bats-tu avec tant de hargne,…?
Dans quelle direction aimerais-tu que l’Europe regarde ?
Suis-je un danger pour toi en étant ici ? Est-il envisageable pour toi de venir chez moi ?

Beaucoup d’entre vous Européens, parlent d’une tache aveugle, le cœur de ténèbres...”

 

Voici la première phrase que je prononce peu après l’arrivée de néo-arrivants dans la zone de quarantaine (pour savoir plus sur la suite: venez voir Oh Boyoma)

Alors, Dites-moi, pensez-vous que je viens d’une tache aveugle ?
Que mon peuple n’étais pas mieux sans le christianisme, la langue française, des vêtements labellisés, l’électricité,… ?

No Drama, ce qui a été fait, a été fait…
Et aujourd’hui est irréversible.
Mais nous pouvons tous au moins se pencher sur ce qui est entrain d’être fait et ce qu’on prévoit de faire demain, comme par l’exemplaire l’idée folle de fermer les frontières ou de construire des murs.

Vous savez,
L’Europe a été horrible avec mon Afrique dans le passé,

– Seulement dans le passé? Hum

– Bon, je reformule, L’Europe a été beaucoup horrible et inhumaine dans le passé, Mais c’était vos grand-pères, arrières grand-pères, vos ancêtres, pas vous, et c’était avec mes grand-pères et arrières grand-pères, mes ancêtres, pas moi,

 

Mais et aujourd’hui où en sommes-nous ? Que fait l’Europe ?
Et vous, que faites-vous ? Comment agissez-vous ?
Et moi aussi dans tout ça, qu’est-ce que je fais ? Comment est-ce que je me positionne ?
Alors, Avons-nous changé les choses ? Ou juste en changer la forme ?
Créer une colonisation plus contemporaine et déguisée ? Un esclavage de temps moderne ?
Matière à réflexion…pour tous.

-C’est drôle, Dorine, tu m’as prêté ta plume quelques minutes, et en écrivant je voulais au départ juste parler de ton voyage, de mon parcours dans la pièce “Oh Boyoma”, de comment et de quoi tu discutais longtemps avec Elia et mais aussi avec Michael le metteur en scène pour mieux me jouer.

 

Mais me voilà, entrain de déballer notre petit sac, et je ne sais plus si ce que j’ai écrit et dit aux gens pendant tes moments d’oubli a du sens…

– Ne me dis pas que nous sommes perdus.

 

Sommes-nous perdu lors de ces aller-retours entre ces 2 continents,… ?
Entre ma personne et toi, mon personnage, qui me ressemble en plusieurs points ?
Devenant étranger en Afrique comme en Europe, pas assez Africain là-bas, pas assez Africain ici ni assez intégré. Trop rêveur pour mes contemporains et pas assez utopique et fanatique dans notre nouvelle ville utopique sans nom.

– Tu sais Dorine, j’aime quand tu me joues, et je t’ai vu chercher un équilibre avec moi et même avec toi-même pour y arriver, redéfinir tes rapports, questionner ta démarche…ce n’est pas du tout facile, mais c’est très instructif…et chaque soir est une nouvelle expérience.

– Donc toutes nos réflexions folles, toutes ces discussions avec l’équipe, ce voyage, cette expérience…ont finalement du sens. Du moins, pour moi…

 

Mais aussi pour toi, disons pour nous.

Alors, chers lecteurs,
si parmi vous, il y a ceux qui sont intéressés de faire une expérience similaire,

Option 1: Un voyage vers le Congo,

N’hésitez pas de contacter l’Ambassade de la RDC à Berne et demandez conseil au département d’immigration de votre canton, Bonne Chance. LOL.

Option 2: Un voyage vers la ville sans Nom,

Adressez-vous au Heitere Fahne (Dorfstrasse 24, Wabern).Ca serait une expérience sauvage, colorée et unique. PROMIS.

– Mais sinon, comme troisième option, vous pouvez aussi contacter Elia Rediger, Eva-Maria Bertschy, Can Elbasi, ces Suisses aventuriers dont la route a croisé celle de Dorine à Kipangina en 2060 si ma mémoire est bonne,…Oh je crois que j’ai des trous de mémoire depuis que je suis arrivé dans la zone de quarantaine, je flirte avec l’oubli.

– Probablement, car c’était plutôt en février 2016 à Kisangani.

 

Ils s’étaient venu avec le désir de vouloir se créer leur propre image du pays où j’étais né, vivais et travaillais souvent, et ont même accepté de prendre le risque de se laisser surprendre par qui je pourrai être,…

Je l’avoue, je m’étais imaginé les Helvètes autrement..”

 

Voici une autre phrase que j’ai l’habitude de dire dans cette zone de quarantaine.

En vérité, je ne suis pas du genre à avoir des attentes de la part d’une personne ou une situation, justement pour éviter la déception. Et s’il y a quelque chose à retenir ici ce que ces helvètes-là avaient l’air de n’avoir rien à perdre et étaient prêt à laisser ce voyage faire évoluer leur regard sur cette ville à la courbe du fleuve.
Ils étaient venus chez nous, respirer l’air Congolais, regarder notre ciel Congolais baigné de lumière,
gouter à la chaleur équatoriale et au climat tropical, au goût amer-sucré de nos vies, faire un pas dans notre réalité, voir, toucher, entendre, sentir…des choses auxquelles même les livres les plus célèbres sur le Congo, les journaux, wikipedia, youtube et toutes ces plateformes ne pouvaient donner accès.

Si vous voulez en savoir plus…
Demandez-leur, ils en savent quelque chose,
Et si vous êtes gentils, ouverts d’esprit et pas du tout racistes, ils pourraient vous raconter les détails croustillants de leur voyage à Kisangani au Congo, ce qui pourrait vous aider à questionner les choses que vous avez lu dans vos livres sur le thème “Congo”, “Afrique Noire”, “Colonisation”,… commandés sur eBay.

Oh excusez-moi de ne pas me présenter aux invités…comprenez le bruit” 🙂

 

Je m’appelle Dorine Mokha, je suis danseur chorégraphe et écrivain Congolais, je suis un poisson qui nage à contre courant, je peux embrasser la joie de vivre en communauté, tenter de suivre les règles et moeurs et chanter en choeur avec les autres abeilles, mais je suis aussi un solitaire capable de composer une belle note ou une catastrophe, et entant qu’abeille rebelle, l’anti-chant est ma plus belle création.

E “Oh Boyoma”, elle, c’est une histoire inspirée de Kisangani, des personnes et situations réelles,…mais attention, elle est une utopie, pas celle de Thomas Morus, mais plutôt de Elia Rediger dont la créativité insolente est très inspirante.

UTOPIA, comme pour toute situation utopique, chaque détail de la réalité et chaque information sont sortis de leur cadre et contexte, déformés, exagérés, déstructurés ou restructurés,…pour offrir une critique “libre” de plusieurs aspects actuels de nos vies, nos réflexions, habitudes et attitudes.

Alors même s’il y a un formulaire à remplir, des tests à passer, la répétition de chants drôles, une accumulation effrénée d’informations, de détails et de couleurs, ou même si les personnes qui vous accueillent laissent transparaitre parfois leurs traumas et émotions allant jusqu’à des pertes de mémoires temporaires, la construction d’une fusée lancée à quelques mètres de vous, une danse excessive à la guitare ou des délires explosifs, n’ayez surtout pas peur, car tout ca c’est pour votre bien.

Venez donc dans notre zone de quarantaine, et si vous y êtes, y restez car l’Europe va très mal,
Suivez-nous quelque part au centre de l’Afrique, dans ce lieu longtemps considéré comme le cœur de ténèbres, aujourd’hui devenu le lieu le plus sur…

En “vérité ou réalité”, ça sonne fou et utopique, mais il y a bien “matière à réflexion”…
N’est-ce que chères Europe et Afrique ? Chers experts d’ici comme d’ailleurs ?

Mais qu’est-ce que la réalité ou la vérité ?
N’est-ce pas tous les compromis, ententes, contrats signés pour qu’en commun accord qu’on accepte qu’un jour doit être appelé jour et qu’il est fait de 24 heures ?
Ou qu’il y a différentes races, dont la noire et la blanche ?

Bon, nous aussi, nous nous permettons de vous proposer une autre réalité…juste pendant 2 heures, qui d’ailleurs passeront tellement vite car la notion du temps disparaîtra une fois y arrivés,….
Et ne vous inquiétez pas, Dorine m’a dit que juste après vous pourriez courir vite pour attraper votre tram, répondre à vos messages Facebook, distribuer quelques likes, twitter votre folle envie de faire la fête,…autrement dit vite retourner à votre routine répétitive, mais j’espère au moins que vous prendriez aussi quelques minutes pour penser et repenser à notre zone de quarantaine et aux interrogations sérieuses qu’elle soulève, même si de fois cachées derrière quelques blagues, des chants drôles…

Pour ceux qui prévoient venir, pour bien profiter cette expérience avec nous, le mieux est de laisser de coté votre échelle de valeurs économiques et politiques, votre notion du temps et de l’espace, vos attentes de la part d’un Théâtre Suisse ou d’histoires du Congo, car après test et études, on a eu la preuve que venir autant chargé d’attentes est inefficace, et peut causer des catastrophes à cause de la “polyresistance”…

Venez et oubliez…
Si vous n’y arrivez pas,
Au moins essayer,
Essayez d’oublier,
Oublier car ça ne sert à rien de vous accrocher à cette branche sèche, car elle se cassera bientôt,

Oui, oubliez et ouvrez les portes de l’Europe, non pas pour accueillir les autres, mais plutôt, pour aller chez l’autre, pourquoi pas au cœur de l’Afrique,
Oui, oubliez, et avancez,
Oubliez ce que vous avez fait à l’Afrique, car elle, elle essaye déjà d’oublier,
Oubliez ce que vous prévoyez de vous faire au monde,
Oubliez ce que vous ont dit les livres et les experts,
Oubliez tous les clichés et vos attentes…et venez.

Nos portes sont ouvertes pour tous, noirs, blancs, arabes,
Riches, pauvres, hétéro, gays, francophones, germanophones,…
De l’Est, l’Ouest, du Nord et du Sud, on accueille tout le monde,

Ca semble risqué, oui ça l’est peut être, mais c’est encore plus risqué de rester accroché à cette branche sèche qui n’est pas loin de céder…
Prenez votre formulaire, remplissez-le, signez-le, entrez, prenez place…

SOYEZ LES BIENVENU(E)S.

 

*Texte écrit conjointement par l’artiste Dorine Mokha et le personnage qu’il joue,
Envoyé depuis la zone de quarantaine.